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Déboucher WC Marin Jabsco

Impossible de pomper ! La hantise de tout skipper. Malgré plus de 20 ans de navigation, c’est une des premières fois où j’ai les wc bouchés à mon bord. 

Ce petit article « plus léger » est une manière de documenter mon apprentissage et a une vocation pédagogique à l’intention de tous mes futurs équipiers. Il concerne le wc marin manuel jabsco. Modèle le plus répandu sur nos voiliers. 

J’avoue que j’étais un peu pris au dépourvu lorsque notre wc s’est bouché. J’ai pas mal cherché en ligne des explications, qui parfois étaient alarmistes voire même loufoques. Peu expliquaient de manière structurée comment s’y prendre. La meilleure vidéo explicative trouvée est celle-ci

WC marin Jabsco manuel

Qu’est-ce qui coince? Et où ?

Je vois trois causes principales pour des toilettes bouchées.

  • Accumulation de « dépôts de struvite ». La struvite est un minéral formé principalement de phosphate d’ammonium magnésien, qui peut se précipiter lorsque l’urine entre en contact avec l’eau de mer, particulièrement dans les systèmes de plomberie des WC marins.
  • Obstruction due à un surplus de papier ou de serviettes hygiéniques. Ou autre chose qui n’a rien à faire dans un WC marin.
  • Problème mécanique, type défaillance du piston, des joints de pistons, des clapets en cuivre dans la pompe, etc.

En partant de la cuvette, l’obstruction peut avoir lieu dans différents endroits, entre autres

  • Clapet en cuivre dans le mécanisme de pompe
  • Joint de soupape
  • Caoutchouc broyeur
  • Coude tuyau d’évacuation
  • Tuyau d’évacuation (qui peut devenir dur comme du béton avec des dépôts de struvite)
  • Sortie de la cuve à eaux noirs

Bonnes pratiques utilisation WC Jabsco

Avant de s’attaquer au débouchage, rappelons quelques bonnes pratiques à suivre pour éviter des mésaventures

  • Aucun papier dans la cuvette – toujours dans une poubelle séparée. Le papier abîme surtout les joints de la pompe.
  • Rincer abondamment (20 coups) après chaque usage pour éviter dépôts de struvite
  • Faire des coups de pompe à petite amplitude – pas jusqu’en butée pour ne pas abîmer le mécanisme 
  • Remplir la cuve et les tuyau à l’eau douce avant de quitter le bateau en fin de sejour pour éviter dépôts de struvite
  • Vider la cuve à eaux noires très régulièrement – idéalement quand on est au large (2 MN des côtes de mémoires)
  • Nettoyage préventif en fin de saison 

Approche étape par étape pour déboucher

Le WC marin Jabsco est bouché, voici comment je m’y prendrais étape par étape , sur mon bateau, en priorisant les étapes faciles. Vous aurez besoin d’une clef à molette, de tournevis plat, vinaigre blanc, gants de vaisselle pour l’hygiène, et éventuellement liquide déboucheur et un furet.

  1. Vérifier l’ouverture des vannes prise eau de mer et évacuation. Et oui…
  2. Vérifier fonctionnement clapet switch admission eau / évacuation 
  3. Vérifier remplissage cuve eaux noires, soit via cabine, soit via le pont et l’ouverture du bouchon « Waste ». Si la cuve à eaux noires est remplie, trois possibilités. 1) Pomper avec une pompe évacuation eaux noires dans un port. 2) Mettre du produit déboucheur type destop dans la cuve (en plastique). 3) Et enfin utiliser un furet de plomberie et entrer via la sortie (passe coque dans l’eau). Un cintre peut aussi faire l’affaire. 
  4. Démonter le mécanisme de piston. Utiliser une clef à molette pour tourner la pièce (pas les 6 vis encore à ce stade). Cette étape permet de vérifier si le piston est en bon état. Si les différents joints sont bons. 
  5. Ensuite dévisser les 6 petites vis du capot du mécanisme. Avant de soulever le capot, mettez le clapet switch en position admission eau. 
  6. Il est probable qu’à ce stade, rien ne soit résolu. En effet, s’il s’agit d’une obstruction, elle sera souvent dans le joint de soupape ou dans le caoutchouc broyeur. 
  7. Dévisser les 2 vis qui tiennent le tuyau d’évacuation à la pompe manuelle. Placer un sac plastique judicieusement en dessous pour récupérer le liquide (probablement brunâtre) qui va en sortir. Vous avez maintenant accès au caoutchouc broyeur et aurez déjà une bonne idée. 
  8. Dévissez les 4 vis qui tiennent le pied de la pompe. Prévoyez de quoi absorber le liquide qui va inévitablement s’échapper. Vous avez maintenant accès au joint de soupape. Dans mon cas, ce joint et le caoutchouc broyeur étaient complètement bloqué par des dépôts de struvite. 
  9. Faire baigner les différentes pièces dans du vinaigre blanc et gratter la struvite sans abîmer les caoutchoucs. Gratter les entrées / sorties de la pompe et tuyau, plus que probablement remplis de struvite. 

Ca y est – les wc sont débouchés. J’ai donné de ma personne, avec un peu d’entraînement le démontage et remontage prend une heure. Dans mon cas, c’était bien l’accumulation d’années de dépôts de struvite qui étaient à l’origine du blocage du caoutchouc de soupape et du broyeur. La pompe pour évacuer devenant de plus en plus dur. C’est un signe à prendre en compte au moment de planifier les travaux de l’hivernage. 

Une fois tout remonté, il reste deux petits problèmes:

1) micro fuite via une vis à la base de la pompe – je vais remettre du silicone 

2) micro fuite via la tige de la pompe – faut acheter le bon joint

Quels livres de voile offrir? (pour Noël)

Après une dizaine de semaines de navigation, un formateur me donna un jour le conseil de travailler sur ma culture nautique en lisant quelques livres. Lire des livres ne remplace pas l’expérience de la navigation, mais cela permet de mettre en perspective ses propres expériences. Oui, tous les marins se sont jurés de ne plus jamais retourner en mer un jour, en pleine galère…

Depuis ce jour où j’ai reçu ce conseil, j’ai dévoré plusieurs dizaines de livres nautiques et voici ma petite sélection, de quoi vous inspirer si vous souhaitez faire un cadeau à un ami passionné de mer.

1. Le fondateur – La longue route – Bernard Moitessier

Bernard Moitessier, né en 1925 au Vietnam, est un aventurier pur-sang. Dans la période d’après-guerre, il est un des premiers Français à partir au large pendant de longs mois. C’est tout naturellement qu’il participe au premier Golden Globe Challenge lancé par la BBC. Dans le livre La longue route , il raconte son aventure à bord de Joshua, sa goélette à la coque rouge, lors de cette première course autour du monde en solitaire. Plutôt que de terminer la course, il décide de continuer vers Tahiti, illustrant sa quête personnelle et sa connexion profonde avec la mer.

Dans Vagabond des mers du Sud, Bernard Moitessier raconte son périple de Tahiti jusqu’à l’Europe sans escale avec son épouse Françoise

2. Le plus prenant – Soudain, seuls – Isabelle Autissier

L’autrice Isabelle Autissier a eu plusieurs vies. D’abord coureuse au large à succès notamment en IMOCA, elle embrasse ensuite une carrière militante écologiste (notamment la présidence de WWF France), en parallèle de l’écriture de plusieurs romans. Ils sont tous très bons, mais Soudain, seuls est un chef-d’œuvre. Un couple de trentenaires parisiens part en tour du monde et explore le sud de l’Océan Atlantique à bord de leur petit voilier… seulement tout ne se passe pas comme prévu…

3. Sur la table de chevet – La 8ème édition du cours des Glénans

Un peu l’indispensable bible de tout marin. Ce n’est pas un livre qui se lit de la première à la dernière page, mais un livre pédagogique qui apporte tous les fondements de la voile. A offrir à quelqu’un qui s’y met ou qui a décidé de s’y mettre.

4. Le plus formateur – Météo locale et stratégie – Jean-Yves Bernot

Le routeur de François Gabart, Jean-Yves Bernot a une énorme expérience du large et de la navigation en course. Son dernier livre, sorti en juin 2023, est vraiment passionnant. Jamais je n’aurais cru apprendre autant dans un bouquin si gros. Ce livre n’est pas conseillé aux personnes qui n’ont pas une sérieuse expérience de la navigation.

La météorologie locale est la réponse d’un site aux conditions météorologiques générales. On cherche à utiliser ces effets locaux pour prendre l’avantage en course, augmenter le confort de la navigation en croisière, ou tout simplement pour avoir le plaisir de naviguer astucieusement dans un milieu complexe.

5. Le plus aventurier – L’enfant des sept mers – Paul-Loup Sulitzer

Kaï O’Hara est un jeune adulte impulsif à la tête d’une goélette à la voile qu’il a hérité de son grand-père. Il navigue avec le Nan Shan sur les sept mers en Asie du Sud-Est. Son équipage d’Ibans coupeurs de têtes, parmi lesquels l’Oncle Ka, est craint par tous les pirates de la zone.

Ce livre n’est plus vendu mais a marqué mon enfance et donné le goût de l’aventure et du large. J’ai bien dû le lire 10 fois !

N’hésitez pas à commenter le livre que vous offrirez pour Noël !

Passer son « permis bateau » (français et belge), est-ce bien utile et raisonnable?

Régulièrement, on m’aborde en me disant, « je passe mon permis bateau le week-end prochain ». C’est un peu une étape symbolique pour le trentenaire ou quarantenaire qui découvre une nouvelle passion. Cependant, c’est souvent pour moi signe d’une faible expérience de la mer.

Ayant navigué plus de 40.000 milles nautiques sur des voiliers, principalement en Mer du Nord, Manche et Atlantique, je me permets quelques réflexions sur le permis bateau.

Passer le permis bateau français

Le permis français ne vaut strictement rien en terme de compétences nautiques. On paie, on passe un examen caduc, on reçoit un papier.

Exemple annonce permis bateau en France


Ce permis bateau (français) est utile pour louer des bateaux moteurs partout dans le monde. Soyez cependant prudents. Vous n’avez acquis aucune compétence et vous emmènerez les êtres qui vous sont les plus chers en mer, un milieu hostile, potentiellement dangereux. Même à 500 m de la côte, le danger est présent. Un ami, marin chevronné, a failli y passer à 500m au large de Knokke… D’autres sont morts à 300 m de la côte en Grèce.

Clarisse Crémer, 12ème du Vendée Globe en 2020, n’avait même pas passé son permis bateau avant de partir en tour du monde en solitaire.

Ce permis bateau français est absurde et juste un permis « business », son taux de réussite est de 99% après seulement quelques heures de formation.

Le permis « yachtman » belge

Le système belge est devenu les dernières années beaucoup trop difficile. Il est inutilement complexe, cher, et trop théorique. J’ai renoncé à essayer de le comprendre en détails. Des heures de théories pendant lesquelles on apprend des concepts hypers compliqués, notamment la navigation sur l’Escaut (et ses règles très particulières) et le fonctionnement des ondes radios… le tout pour à la fin, ne toujours pas savoir vraiment naviguer. Heureusement, quelques sessions en mer ont été ajoutées…

Dans une école bruxelloise, moins de 10% des élèves ont tenu jusqu’au bout de la quinzaine de sessions de théorie et réussi l’examen. Le pire, le brevet de yachtman n’est pas vraiment reconnu à l’étranger.

14 soirées de ~3 heures, avec chaque fois 2 thèmes


Quel permis pour louer un voilier ?

Pour louer un voilier – un cv nautique est suffisant presque partout dans le monde. A la rigueur vous partagez un numéro de membre de club de voile ou autre. Je n’ai pas de permis à proprement parler, mais j’ai déjà loué des voiliers en France, Martinique, Grèce, Croatie, Espagne, etc.

Ma conclusion, passer le permis bateau, c’est utile pour louer un jetski (bof bof le climat & les voisins), ou une barque motorisée sur un lac, par une belle journée,

🙂 c’est mon avis & mon expérience.

Si vous êtes motivé, première étape est probablement d’acheter le cours des Glénans.

La seconde étape, s’inscrire à la formation « Dans la tête du skipper »

Comment choisir son système de quart pour des longues traversées?

2h, 3h, 4h, 5h, 6h? Tournant, roulant? Fixe? Variable? La question de comment organiser ses quarts lors de longues traversées revient inlassablement. La réponse dépendra de nombreux facteurs, comme

  • la taille et l’expérience de l’équipage
  • la durée & la difficulté de la traversée
  • le bateau
  • l’expérience, la confiance et l’endurance du skipper

Dans les paragraphes qui suivent, je vais partager mon avis en me basant sur les plus de 100 nuits que j’ai passées en mer comme skipper, lors de traversées de l’Atlantique, du Golfe de Gascogne, de la Mer du Nord vers l’Angleterre ou la Norvège, la mer de Chine vers les Philippines, ou encore la Manche.

Traversée de plusieurs jours au large

Imaginons un équipage de 4 personnes avec au moins 2 personnes capables de barrer par toutes les conditions et d’assurer la veille de nuit.

Système 6h/6h tournant

Lors de ma première transatlantique, nous n’étions que 4 personnes à bord. 2 jeunes expérimentés, et 2 seniors charmants mais un peu moins vaillants… surtout au vu des conditions affrontées dans le golfe de Gascogne fin octobre (30-40 nœuds au près pendant 4-5 jours). On avait opté pour un système de quart à 2.

  • 8h-14h – A (repas à 13h30)
  • 14h-20h – B (repas à 19h30)
  • 20h-2h – A
  • 2h-8h – B

Alors oui, les 6h de quarts, de nuit, c’est ultra fatiguant. Surtout quand le pilote ne tient pas vu les conditions de mer, la pluie horizontale dans les yeux, etc. J’avais même dû tenir un quart entier à la barre. Par contre, après, j’ai eu mes heures de repos, presque une nuit complète.

Système 4h/4h/libre

Mon système préféré les dernières années. Toujours avec un équipage de 4 personnes, il s’agit d’avoir 2 x 2 quarts de 4h pendant la nuit et le matin, et l’après-midi libre avec chacun au moins 2h à la barre.

  • 20h-0h – A
  • 0h-4h – B
  • 4h-8h – A
  • 8h-12h – B
  • 12h-20h – (repas à 12h30 et 19h) libre, chacun s’engage à prendre la barre au moins deux heures. On s’organise librement pour aller faire sa petite sieste.

Pourquoi je n’aime pas les quarts de 2h, ni les quarts roulant

Les quarts de 2h ou 3h sont à éviter s’il n’y a que 2 quarts. Le temps de se déshabiller, d’aller aux toilettes, de se mettre dans son duvet, et de trouver le sommeil,… il sera déjà presque l’heure de ré-enfiler son cirré pour monter sur le pont. Donc, évitez…

Et le skipper? Dans le quart ou hors-quart?

Durant mes premières années comme skipper, j’ai surtout navigué de nuit en côtier, avec un équipage dont je connaissais pas les compétences et surtout à qui je ne pouvais pas déléguer le suivi de la navigation. Dans ces conditions là, j’étais hors quart, je dormais dans le carré en ciré, et suivais les moindres mouvement. Je sortais au moindre doute. Je me rappelle, entre l’Irlande et les Scilly, le quart sur le pont échangeait sur des signaux lumineux visibles au loin. Clairement, ils ne comprenaient pas ce qu’ils voyaient, mais au moins ils étaient attentifs. Au bout de quelques minutes, ils m’appellent sur le pont. En 3 secondes je suis dans la descente. Et là, je vois un chalutier à moins de 200m. On fonce au portant à 8,5 nœuds (c’était un 45 pieds) vers son chalut derrière lui. Ni une ni deux. On envoie un empannage et on s’écarte de cette route de collision.

Hors quart. En ciré, dans le carré. J’étais tout le temps fatigué et décalé du reste de l’équipage. Je le déconseille fortement.

Maintenant, je vais systématiquement prendre le quart le plus pénible (0-4h du mat sur une récente traversée vers la Norvège) ou le quart qui va me permettre d’être sur le pont au moment de l’atterrissage (arrivée sur les côtes). Hors quart, j’enlève mon ciré et me faufile dans mon sac de couchage. Si la navigation ne me permet pas de dormir un bon quart, je mets mon réveil dans 30-60 min. Je raisonne toujours ainsi: danger à 10 MN / vitesse 5 nœuds, donc j’ai 2 heures avant un problème potentiel, je peux dormir 1h15-1h30.

Autres paramètres à prendre en compte: repas, vaisselle, décisions

Décider de son système de quart est toujours un moment délicat. Plusieurs équipiers ont leur avis et chacun a des expériences différentes. Je vous encourage à expliquer les paramètres, météo, fatigue, expérience de l’équipage, dangers, et de laisser l’équipage explorer les options. Il n’y a pas de mauvais systèmes (sauf le 3/3), ou les systèmes roulants trop rapidement (chaque jour un autre quart).

Lors des navigations en quart, la prise des repas ensemble (à midi et le soir) est le moment convivial par excellence. Veillez à vous mettre d’accord sur un certain principes. Qui prépare le repas (généralement le quart qui est sur le pont)? A quelle heure on mange (30 min avant le changement de quart)? Qui fait la vaisselle? A quelle heure réveille-t’on le quart suivant? Etc.

Priorités en mer: la grande confusion

Votre meilleur ami vous raconte qu’il vient de faire un accident de voiture. Après s’être rassuré de son état de santé, la première question qui vient à l’esprit est « qui était en tord ? Qui avait la priorité ? »

Les plaisanciers qui prennent leurs réflexes d’automobiliste en mer sont de plus en plus nombreux. Ils sont probablement mal aidés par leurs quelques connaissances des règles de régate. Comme l’explique le magazine Bateaux.com: en régate, un bateau bâbord amure doit se maintenir à l’écart d’un bateau tribord amure. Cette règle fondamentale est la plus connue : « Tribord amure, roi des mers ».

RIPAM: Règlement international pour prévenir les abordages en mer

Les néo-plaisanciers connaissant le RIPAM sont par contre moins nombreux. L’idée de cet article vient d’ailleurs d’une conversation animée avec un juriste de surcroit, propriétaire d’un voilier depuis 10 ans.

Le RIPAM règlement régit la manière dont les navires évitent les abordages (collisions). Il ne mentionne jamais le mot priorité, mais utilise le terme privilège. Le navire privilégié a le privilège de garder son cap et sa vitesse… mais en dernier recours devra tout mettre en oeuvre pour éviter une collision avec un autre navire. (Wikipedia)

Le RIPAM - Les règles de priorité - Culture Maritime
Source: https://www.culture-maritime.com/fr/page-se3_cours.xhtml

Les navires sont privilégiés dans l’ordre suivant (du plus au moins privilégié):

  • Navire travaillant en mer
  • Voilier tribord amures
  • Voilier bâbord amures
  • Bateau Moteur

Mêmes les militaires le disent…

Le 12 novembre 2021, le porte-avions Charles de Gaulle, navire amiral de l’armée française entrait en collision avec un voilier de 10 mètres battant pavillon polonais au large des îles d’Hyères. (source: Préfecture Maritime)

Dans un communiqué, la Préfecture Maritime de Méditerranée avait précisé qu’« Une enquête technique a été déclenchée à l’issue de cette collision. Il est donc prématuré de définir d’éventuelles responsabilités. Dans le domaine du droit maritime, il n’existe pas dans les textes de notions de -priorité- mais plutôt celle de -privilège-. C’est le terme exact et approprié. Et que ce soit entre deux voiliers, deux bateaux à moteur ou l’un et l’autre, la notion de privilège dépend de la capacité d’intervisibilité entre les navires ».

Semi-rigide du porte-avions portant assistance au voilier battant pavillon polonais. | PREMARMED

Conclusion

Tout navire doit mettre tout en œuvre pour éviter une collision avec un autre navire.

Le marin et écrivain Olivier de Kersauzon ne pouvait pas mieux résumer l’attitude à adopter: « Quand un cachalot de 45 tonnes vient de tribord, il est prioritaire. A bien y penser, quand il vient de bâbord aussi … »

Olivier de Kersauzon: « Quand un cachalot de 45 tonnes vient de tribord, il est prioritaire. A bien y penser, quand il vient de bâbord aussi…

Virtual Regatta – options pour la remontée de l’Atlantique Sud

Après 6 semaines de courses, au point Nemo, les 20.000 premiers du Vendée Globe virtuel se tenaient dans une poignée d’heures. Entre Nemo et le Cap Horn, soit 5 jours, la flotte s’est éclatée et un petit groupe de 3.000 coureurs a pris la poudre d’escampette avec un matelas de 2-3 heures déjà.

Avouons-le, le tour de l’Antarctique fut long et même ennuyant par moment, avec des voiliers à la queue-leu-leu le long de la zone d’exclusion Antarctique (ZEA). Le plus frustrant pour les leaders fut que cela revenait sans cesse par derrière. C’est-à-dire que les poursuivants bénéficiaient de meilleurs conditions météos qu’eux

Atlantique Sud – L’anticyclône qui barre la route

Décidément, l’Atlantique Sud aura joué les troubles fêtes tant lors de sa descente que de sa remontée. La faute, un anticyclone de Saint-Hélène qui prend ses aises et s’étend sur toute la largeur de l’océan. Les marins virtuels n’auront d’autres choix que de le traverser.

La situation au 26 décembre ne va faire qu’empirer. L’anticyclone devenant littéralement gigantesque.

Routages pour 3 positions différentes (24/12 à 16h)

Pour analyser le casse-tête de l’Atlantique Sud, je vais analyser les options pour 3 voiliers.

  • Tipapachéri (25ème), passé par le détroit de Le Maire, il est en route pour couper par les Malouines
  • LuxairFrance (1.909ème) – compère de Tipapachéri au sein de la team MCES – c’est tout simplement le plus gros palmarès de la voile virtuelle. Il est décalé à l’Est.
  • Ian Lipinski – double vainqueur de la mini-transat (réelle!!) et vainqueur de la dernière Transat Jacques Vabre. Cet excellent marin pointe à la 27.000ème place de la course virtuelle et est en passe de franchir le Cap Horn

Pour effectuer les routages, j’ai mis un point au large de Recife (la pointe du Brésil). Nous utilisons le modèle GFS 90 km, la polaire Virtual Regatta à 96% et le logiciel météo Squid X.

La première chose qui saute aux yeux. Les 3 trajectoires se regroupent et se suivent. Même si la situation est compliquée, les routages – peu importe la position (Tipapachéri vs LuxairFrance), où le retard en temps (Ian Lipinski) semblent unanimes, il faut faire route vers le Nord-Est. A noter que Tipapachéri & LuxairFrance devraient se rejoindre.

Cela revien(drai)t encore par derrière

Ian Lipinski, qui accuse 300 MN (15-20h) de retard au moment du passage du Cap Horn, va bénéficier de meilleurs conditions et refaire son retard.

Mise à jour le 25/12 à 10h – un break à l’avant

Une légère bascule pendant la nuit de Noël a permis au groupe emmené par Tipapachéri de passer sans encombre au travers des Malouines. Les nouveau routages leur donnent une belle avance sur LuxAirFrance. Le retard de Ian serait également conséquent.

Conclusion

Les multiples zones de vent faible à contourner vont offrir un magnifique terrain de jeu – fini le train le long de la ZEA. Cependant, et c’est l’histoire de ce Vendée Globe. Est-ce que les retardataires vont encore bénéficier de meilleures conditions et pouvoir revenir sur les leaders?

MigTheSailor – 933ème à l’approche des Malouines

Virtual Regatta – Routage 16 novembre – Atlantique Sud

La louche brésilienne ou couper le fromage? Tel est le dilemme pour la flotte des e-sailors de ce 9ème Vendée Globe au moment où ils déboulent au reaching plein sud vers le pot-au-noir. La louche brésilienne demande d’investir des milles et de s’éloigner de la route directe, tandis que tenter la route plus directe (couper le fromage) est moins risquée au niveau des classements intermédiaires

Pour rappel, en 2008-2009, cette fameuse louche brésilienne avait permis au Professeur – Michel Desjoyeaux – de revenir sur la flotte avant d’ensuite arracher un deuxième sacre sur le Vendée.

Routage au 16 novembre à 8h45 UTC

J’ai effectué 3 routages en ce 16 novembre à 8h45 UTC. (9h45 heure française). En disposant des waypoint plus sud, plus est, et en ayant une vue à 10-12 jours. Le routage Sud et Est m’envoie via la fameuse louche brésilienne.

Sur le premier graph, on voit que la route en rouge (louche brésilienne) avance mieux et passe très proche de Recife. Elle demanderait de faire un cap au 190-200 dès maintenant, tandis que la route « directe » demande de faire un cap au 170°.

Atlantique Sud

Sur le prochain graph, on voit que la louche brésilienne est gagnante sur les 2 waypoints plus au sud (et est). Il s’agit cependant d’un routage à 12 jours, faible en fiabilité.

Investissement à haut risque

D’autant plus que à l’heure où j’effectue cette première analyse, l’investissement que représente la louche brésilienne est énorme. Ainsi, le 24 novembre à 12h UTC, les bateaux seront presque à la même latitude (quoique un peu d’avance pour la route brésilienne), mais avec un décalage de 800 MN en EST-OUEST. Qui osera investir un retard de 800 MN (soit 3 jours de nav!!!) dans l’espoir de toucher des meilleurs vents?

Conclusion: trop tôt pour conclure – je reste au centre

Alors que mon IMOCA est placé entre les OUEST (Toppen, Tipapachéri) et les EST (Luxairfrance, Loskipper), je vais rester bien sagement au centre, entre les 2 options et attendre encore 1-2 jours que la situation se décante dans l’Atlantique sud. Je fais cap au 176°, compas non verrouillé pour encore 24 heures.

Virtual Regatta – Météo et Routages au 10 novembre

Ce début de Vendée Globe 2020-201 est tout simplement inédit d’un point de vue météorologique. Alors que la baston est traditionnellement réservée pour le Golfe de Gascogne et les côtes portugaises ou du moins les Canaries signifient l’arrivée des jours meilleurs. Traduisez: long surf au portant, vent d’une vingtaine de nœuds, poisson volant et le thermomètre qui grimpe. Cette édition est inédite. Les concurrents (virtuels) affronteront au moins 2 bastons entre la point de l’Espagne (Cap Finisterre) et les Alizés au Sud des Canaries.

Pascal Bidégorry expliquait il y a quelques jours: « La situation météo est beaucoup plus complexe qu’il y a quatre ans où les concurrents avaient fait du reaching dans le golfe de Gascogne, mis une voile de portant au cap Finisterre, contourné l’anticyclone des Açores et c’était parti ! Ils étaient rentrés dans les Quarantièmes en n’ayant pas du tout de mauvais temps. »

Mercredi 11 novembre : passage de front, vent favorable, puis vent faible

La météo de ce mercredi 11 novembre se comprend le mieux en l’analysant en 3 phases.

  • Phase 1: vent fort défavorable. Il s’agit de faire route vers le front le plus vite possible pour prendre les vents portant (=favorable) le plus vite possible. Avantage au bateau le plus au Nord
  • Phase 2: vent favorable au portant. Une fois le front passé, les bateaux peuvent faire cap au sud (200 puis 220°) à des grandes vitesses (20 nœuds). Les bateaux qui n’ont pas encore pas encore franchi le front n’avancent qu’à 10 nœuds face au vent.
  • Phase 3: vent faible: Mercredi après midi, une vaste zone sans vent (ou vent faible) va venir perturber la marche des bateaux vers le sud.
Phase 1: Vent fort défavorable. Les 3 bateaux (nord (jaune), milieu (vert) et sud (rose) font route face au vent
Phase 2: Vent favorable après le passage du front. Les bateaux MigTheSailor1 et Tipapacheri ont franchi le front, et ont du vent favorable. Ils avancent à 20 nœuds dans la bonne direction
Phase 3: Les bateaux longent (ou atterrissent?) dans une zone sans vent

Jeudi 12 novembre : s’extraire de la molle à tout prix !

De très nombreux skippers risquent de s’arracher les cheveux durant la journée de jeudi. Le premier enjeu sera de sortir de la molle (zone sans vent). Gare à ceux qui restent englués trop longtemps.

Ensuite, il s’agira d’enrouler la dépression (tropicale?) au large des Açores pour descendre dans du vent favorable vers le sud.

Vendredi 13 novembre – tempête tropicale Têta

Autres sources:

https://www.ouest-france.fr/vendee-globe/vendee-globe-virtual-regatta-ne-pas-rater-les-prochaines-heures-7045480

https://voilesetvoiliers.ouest-france.fr/course-au-large/vendee-globe/vendee-globe-l-heure-des-choix-nouvelle-analyse-strategie-de-mino-vittet-c8f4787a-2105-11eb-9386-cdc1164295a9

Centre de surveillance des Cyclônes: https://www.nhc.noaa.gov/

Virtual Regatta – H-5 – Briefing météo départ Vendée Globe

Routage 8 novembre à 6h UTC – Virtual Regatta – Départ Vendée Globe

Le vent sera finalement moins soutenu que prévu, une petite bulle de molle se mettant même en travers de la route des marins virtuels (flèches bleues d’une dizaine de nœuds) durant les premières heures de course. Le résultat est un premier passage de front un peu plus tard que prévu, lundi 9 nov vers 11h15 UTC (12h15 heure française). Le deuxième front devrait se franchir en début de nuit du mardi 10 novembre.

Routage 8 n ov 6h UTC – départ à 12h15 UTC Source: SailGrib

Prévisions météos golf de Gascogne 8 novembre vers 21h UTC – Source: WIndFinder

La situation à partir de mercredi 11 nov s’annonce complexe. Les marins virtuels devront gérer une très grande zone de calme devant Gibraltar ainsi qu’une dépression sur les Açores.

Roadbook pour les 3 premiers jours de course – Source: Squid

Pour aller plus loin dans l’analyse, je conseille la lecture suivante:

Bon vent !

Virtual Regatta – J-2 routage départ Vendée Globe

A J-2. Le Vendée Globe, et sa version virtuelle sur Virtual Regatta, est l’occasion de faire tourner des routages dans Squid – le logiciel de routage de la société belge Great Circle. Un logiciel de routage permet d’optimiser la route d’un voilier en fonction des polaires du bateau et des données météos.

Routages dans Squid

Paramètres de bases

Pour faire tourner le routage, j’utilise les paramètres de base suivant.

  • Polaire de vitesse du voilier (version Virtual Regatta)
  • Prévisions de vent Modèle GFS 25km
  • Date & heure départ (8 novembre 13h02 heure française)
  • Point départ & point d’arrivée

La polaire de vitesse exprime la vitesse d’un bateau en fonction de la direction et de la force du vent. Les polaires peuvent aussi varier en fonction des voiles (Spi, Gennaker, etc.) et de l’état de la mer.

Le modèle météo de prévisions a également son importance. Il en existe des dizaines (en France: arôme, arpège, etc.) qui ont chacun leur spécificités. Certains sont payants. J’utilise le modèle gratuit GFS (Global Forecast System) avec une maille de 25 km (c’est à dire qu’il prédit le vent dans des cases de 25km). Il existe aussi le GFS 112 km par exemple, qui sera moins précis.

La date et l’heure de départ sont fixés par la course. Dimanche 8 novembre à 13h02.

Le point de départ: Les Sables-d’Olonnes bien sûr. Le point d’arrivée est à choisir, car le routage ne sera précis que sur 5-6 jours, il faut choisir l’endroit vers lequel on souhaite se rapprocher le plus. J’ai pris un point proche de l’équateur, légèrement à l’ouest du Cap Vert.

Polaires de vitesse dans Squid pour Imoca ancienne génération
Ecran input de Squid – heure départ 8 novembre 2020 à 13h02 heure française – j’ai choisi 12h15 heure TU (soit 13 min plus tard)

Analyse de sensibilités

Le routage initial est basé sur une série d’hypothèses. Il est important d’analyses la robustesse du routage en analysant la sensibilité d’une série de paramètres

  • Polaire de vitesse du voilier (utiliser un facteur 0,95 ou 1,15 sur la polaire)
  • Prévisions de vent Modèle GFS 25km (utiliser un autre modèle météo)
  • Date & heure départ (8 novembre 13h02 heure française – 12h15 TU dans squid) (décaler le départ plus tôt ou plus tard)
  • Point départ & point d’arrivée (déplacer le point d’arrivée)

Sensibilité sur l’heure de départ

Je fais 2 simulations sur l’heure de départ (qui est fixe pour la course). Cela permet d’estimer la sensibilité si le système météo est en avance ou en retard par rapport aux prévisions. Les 3 courbes, scénario de base et -6 heures plus tôt et +6 heures plus tard ont grosso modo la même trajectoire et durée jusqu’au waypoint au cap vert. Un scénario où la flotte partirait bien au large, vers l’ouest (et non vers la point de l’Espagne) se confirme.

Sensibilité sur la polaire de vitesse

Je fais 2 simulations supplémentaires pour analyser la sensibilité du routage à la vitesse du bateau. Une simulation avec 5% de plus, et une avec 5% de moins. Encore une fois, les routages se confirment. Un bateau plus rapide – à 105% – pourrait virer un rien plus tôt (la courbe jaune)

Roadbook

L’outil Squid permet de lister les caps à suivre. On comprend qu’il faudra virer au moment ou le front passe (vers 5:15).

5 conseils pour éviter la mutinerie à bord d’un voilier

Je viens de retrouver un texte écrit il y a plusieurs années et jamais publié…

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Quelques semaines ont passé depuis cette dernière traversée où l’ambiance n’était pas au beau fixe dans l’équipage. Partant de cette expérience ainsi que d’autres stages aux Glénans un peu foireux,  voici ce que j’en retiens

« Une tribu d’Indiens ne peut avoir qu’un chef »

Pendant cette dernière traversée, les frictions sont apparues à cause du syndrome que j’appelle « les chefs de Tribu ». En effet, l’équipage du voilier était composé de trois propriétaires de bateaux et deux chefs de bord confirmés (qui en réalité avaient probablement plus d’expérience que les propriétaires).

A bord, le manque d’organisation, de consignes, de définitions claires des rôles, de concertation avant les décisions, de changement incessant de ces décisions… ont mené à une vraie cacophonie. Les égos se sont entrechoqués, tout le monde pensant savoir mieux que l’autre … Un bateau ne peut pas avancer correctement s’il y a plusieurs chefs…

chef indien

Une tribu d’Indiens ne peut avoir qu’un chef

Comme jeune skipper, c’était avant tout le manque de participation des équipiers aux décisions qui m’avait été reproché (je crois), un peu dépassé par les éléments, je ne laissais pas l’équipage « décider » alors que le niveau général était très bon.

Pendant la croisière en Écosse j’avais laissé plus de liberté à l’équipage. Durant la première semaine du cabotage dans les lochs, les équipiers avaient décidé de passer par le canal de Crinan, c’était une expérience géniale bien qu’à la base j’étais personnellement « contre »! Plus tard lorsque des problèmes sont apparus, comme les déchirures à répétition de la Grand Voile, ils ont géré la réparation de manière autonome, trouver une voilerie ouverte, l’appeler, gérer le transport de la voile, etc. Cette approche plus relax, a permis de laisser des soucis sur le dos de l’équipage (la réparation de la voile, le choix de l’itinéraire…) et en même temps d’avoir moins de mal à imposer des décisions « dictatoriales », ou prises sans concertations. J’avais par exemple une nuit de quart décidé de ne pas réveiller un équipier au changement de quart, la personne en question était malade en permanence, ne tenait clairement pas le coup physiquement… On ne s’est aussi pas arrêter aux Scilly. Ces décisions n’ont eu aucun mal à passer.

Trucs et astuces pour gérer son équipage

Alors qu’un bon chef de bord n’aura en général pas de mal à gérer des débutants, le skipper étant « le sauveur » dans bien des situations. Voici quelques recettes éprouvées qui ont fonctionné avec des équipages « compétents ».

  1. Valoriser l’expérience des équipiers
    Un équipier confirmé n’aime pas être pris pour un imbécile, il a aussi son avis sur tout ou presque. Il faut impérativement le laisser participer aux décisions. Ainsi, pour l’élaboration du programme de la semaine, j’explique les contraintes (de retour à 9h le samedi matin, dépression sur la fin de la semaine donc vent du NW, tirant d’eau 2m50, marées importantes… – le mieux est qu’il ait déjà une idée des contraintes), mes envies (j’ai été 5 fois à Saint-Malo cette année, jamais à Jersey…) et mes recommandations (fest noz à Tréguier mercredi). L’itinéraire qu’ils choisiront correspondra souvent à l’itinéraire que je m’étais fixé. De plus, quand fatigué, à la bourre, je n’aurai eu le temps de me faire un programme, les équipiers le fixeront pour moi, ils porteront aussi une partie de la réussite de la navigation ! Comme expliqué plus haut, le fait que 90% des décisions étant prises par l’équipage, les 10% qui restent pourront être imposées facilement.*
  1. Montrer sa maîtrise
    Étant skipper assez jeune, j’ai souvent cru que j’aurais un problème pour m’imposer comme chef de bord, difficile à 20 ans d’être le chef d’un chef d’entreprise propriétaire de bateau depuis 15 ans…La légitimité se joue au niveau des qualifications (diplômes), expérience, compétences techniques et savoir humain. La meilleure façon d’être reconnu et écouté est de partager des petites astuces et de montrer ses qualités humaines. Le fait de récupérer un HLM** tout seul sous spi en 3 min, aura un effet « waw » mais n’imposera jamais le respect des équipiers. Expliquer en détail comment gérer « la cape »***, reconnaître les feux de nuit, arriver en solitaire à quai… aura un bien meilleur effet. Préparer un gratin dauphinois le troisième jour de mer par force 7****, nettoyer le vomi, mener un concours de blague, ou jouer de la guitare… sont de bonnes idées.
  1. Pour éviter les problèmes de discipline, laisser fixer les règles par les équipiers.

–       Quand est-ce qu’on s’attache ?
–       Quand il y a trop de vent…
–       Ca veut dire quoi trop de vent ?
–       Force 4 !
–       Force 4, de nuit à 2 sur le pont au milieu de la mer d’Irlande ?
–       …

Conclusion on s’attache de nuit, ou quand le vent dépasse 20 kts, ou quand on manœuvre sur le pont avec plus d’un mètre de houle. BIEN. C’est désormais leur règle, consignée dans le livre de bord, à eux de la respecter !

  1. Alterner la fusion et la fission
    La difficulté en voilier est la fusion totale entre équipiers: on mange, on dort, on chie, on vomit, on boit, on se lave, on pleure ensemble. L’intimité grandit très vite et cela se passe généralement bien, on est les meilleurs amis alors qu’on se connait depuis 10 heures ! Lorsque vous arrivez au port, profitez-en pour opérer la fission, chacun dans son coin, je cuisine pendant que vous prenez votre douche, je me promène pendant que vous faites les courses ! Une bonne séparation de quelques heures fera le plus grand bien.
  1. Organiser des conseils de crise quand tout va bien
    En effet, lorsque la situation s’envenime, le skipper est souvent mêlé, difficile de prendre le recul nécessaire pour parler calmement de la situation. Le fait de s’entretenir sur l’ambiance permettra de déceler les frictions entre équipiers, et les points sensibles.

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* Naviguer n’est pas de tout repos, en effet, le chef de bord ou skipper devra prendre sans arrêt des décisions. Où va-t-on ? Avec quelles voiles ? Qui est de quart ? Quand s’arrête-on ? Que mange-t-on ? Qui fait la manœuvre de port/porc ?

** HLM : Jargon Marin français pour Homme à la Mer (et non pas Habitation à Loyer Modeste).

*** La cape : allure ou le bateau est à l’arrêt, travers au vent, et facilite la récupération de l’HLM.

**** Comme on disait pour les femmes qui « retiennent » leurs hommes par l’estomac, rien de mieux qu’un bon repas pour remettre l’équipage en selle.