Après la Norvège l’été dernier, Papa Charlie continue son exploration des pays scandinaves. La base de départ pour l’été est Copenhague. La destination a été choisie pour se donner la possibilité d’y aller en voiture ou train. Même si les connexions de train en Allemagne laissent à désirer.
Qui dit destination lointaine, dit convoyage, dit mission commando pour amener notre voilier d’Amsterdam à Copenhague en une semaine. Alors que la navigation vers la Norvège peut s’effectuer d’une seule traite à travers la Mer du Nord, la navigation vers la capitale danoise est nettement plus contrainte par de nombreux obstacles: Les mers intérieures hollandaises IJsselmeer et Waddenzee. La côte nord des Pays-Bas et de l’Allemagne jusqu’à l’embouchure de l’Elbe. Le canal de Kiel. Enfin, la mer Baltique entre les îles danoises.
Julien et moi sortons du train à Enkhuizen (au nord d’Amsterdam) et l’ambiance est estivale après un printemps morose. La ville est mignonne. La gare et le port de plaisance sont en centre-ville. On largue les amarres sous un beau soleil et une jolie brise. Quatre heures plus tard, Papa Charlie franchit l’écluse Lorentzsluis et passe du IJsselmeer dans le Waddenzee. J’hésite sur la route à suivre. S’arrêter ? Continuer ? On passe à 21h devant Harlingen et on enchaîne par le redouté Pollendam jusqu’à Vlieland. Le courant de travers y est relativement fort. Jusqu’à trois nœuds. On avance au moteur (obligatoire) et en crabe (de travers pour étaler le courant). Le soleil se couche à 22h15 mais la clarté ne disparaît pas vraiment en ces jours de solstice d’été. À 23h30 on s’amarre pour quelques heures dans le port de Vlieland. Comme à son habitude, le port est bondé. On se met à couple d’un voilier et filons dans notre couchette.
Après cinq petites heures de sommeil, le réveil pique. En cinq minutes à peine, on est déjà en route. C’est l’avantage de naviguer en équipage très réduit. La lune pleine à l’ouest disparaît tandis que le soleil apparaît au nord-est. Des fêtards profitent du spectacle depuis la plage sur un fond de musique.
Malheureusement la brise est trop faible et on fera les 120 MN jusqu’à Helgoland au moteur… mais sous un soleil radieux. Avec Julien, on se relaie à la veille et à la sieste. On voit des milliers d’éoliennes et quelques plateformes de gaz. J’anticipais un traffic soutenu dans les rails de cargo que nous longeons mais il n’y seulement que quelques navires marchands.
Taboulé à midi. Pâtes pesto lardons le soir. Arrivée à 23h30 à Helgoland. Le port est bondé et on trouve une place à couple. Les occupants sortent et nous préviennent qu’ils partent à 6h le lendemain. C’est difficile d’expliquer la sensation qui m’envahit en menant l’étrave de mon bateau jusqu’ici. Helgoland est certes moins connues que les îles Scilly, Guernesey Gotland ou les Shetlands, elle fait partie des îles mythiques pour tout marin en Europe du Nord.
Toc toc toc. Nouveau réveil qui pique. Nos voisins se mettent en route. On enfile un short et t-shirt et bougeons Papa Charlie pour les laisser partir. Douche qui fait du bien. On s’incruste gentiment pour un buffet petit dej à volonté dans un hôtel sur le port (Hotel Rickmers Insulaner). C’était le seul établissement ouvert avant l’arrivée des touristes du continent prévue pour 10h.
L’île d’Helgoland (ou Heligoland) est située à l’embouchure des fleuves de l’Elbe et Weser, donnant accès aux ports allemands comme Hambourg et Brême. L’Allemagne en a récupéré la souveraineté en 1890 en l’échangeant contre Zanzibar avec les Anglais. La petite île ne fait que 2 km de long et après une balade jusqu’à la pointe nord et un café dans la mignonne petite bourgade (1.100 habitants), on reprend la route jusqu’à l’entrée du canal de Kiel. 50 MN au moteur. Le courant favorable nous propulse à 8, 9 puis 10 nœuds. Le vent se lève enfin en arrivant à Cuxhaven. On sort les voiles et Papa Charlie rugit de bonheur. On passe devant l’usine Siemens qui produit des pales d’éoliennes.
15 MN plus loin. Brunsbüttel. C’est là que le fameux Nord-Ostsee-Kanal commence – en Mer du Nord – pour finir 100 km plus loin, à Kiel. En Mer Baltique. Une petite cinquantaine de bateaux de plaisance patientent depuis des heures devant les écluses qui s’ouvrent comme par miracle au moment où on arrive. On célèbre cela avec un apéro, une baignade dans le canal et un bon repas … de pâtes. Julien prend son rôle de cambusier avec beaucoup de sérieux, et chaque repas est un réel plaisir gustatif. C’est aussi un vrai luxe et une charge mentale en moins de ne pas du tout devoir m’occuper des repas ni de la vaisselle (pour tout le voyage ou presque). Merci Julien (et Seb).
À cette période, la navigation pour les navires de plaisance est autorisée jusqu’à 22h sur le canal. On s’arrête un peu avant au milieu des champs, à une écluse donnant accès au Gieselau Kanal.
Réveillés par un bruit de tronçonneuse, on est de nouveau en route en à peine 3 minutes. Il nous reste une petite vingtaine de milles jusqu’à la sortie du canal. On s’arrête à Rendsburg pour un café (praliné) ainsi que pour refaire quelques courses. Il n’y a que 4-5 ponts tout au long des 100 km du canal de Kiel. Certains ponts à treillis sont des magnifiques ouvrages. Le viaduc ferroviaire de Rendsburg fait partie des monuments techniques les plus remarquables d’Allemagne. Il a été construit entre 1911 et 1913 et fait partie de la ligne ferroviaire vers le Danemark. Mais ce qui rend ce pont en acier très particulier, c’est la nacelle du ferry aérien suspendue à sa partie inférieure. Elle permet aux cyclistes et piétons de passer d’une rive à l’autre.
En arrivant aux écluses de sortie, nouvelle chance de fou. Elles s’ouvrent devant nous tandis qu’une trentaine de voiliers énervés s’entassent dedans. Notre voisin d’écluse patientait depuis 2h30 ! Arrivé en Mer Baltique, on fait escale très brièvement à Kiel. Sébastien a à peine le temps de déposer son sac qu’on repart, direction le Danemark !
La baie de Kiel, haut lieu de la voile allemande, nous offre son plus beau spectacle. Plusieurs centaines de voiliers tirent des bords sous le soleil. Une dizaine de vieux gréements sont également de sortie pour la tall ship race qui y est de passage.
Les navires disparaissent à l’horizon tandis qu’on fait route plein nord à plus de 7 nœuds au près. Julien nous prépare des burgers incroyables.
Le soleil est déjà couché depuis longtemps lorsqu’on arrive à Marstal, sur la petite île de Ærø. On finit la soirée au pub, la propriétaire nous vendant des cocktails à 15 €. Bienvenue au Danemark – tout pique au portefeuille.
Mercredi matin. La recherche de la boulangerie dans le village plutôt mignon est vaine. On règle les droits de port, faisons le plein de fuel avant de reprendre notre route. Le vent est trop faible et on fait trop de moteur. On longe Langeland puis passons sous le pont du Grand Belt (sous spi). Un nouvel ouvrage imposant qui ne laisse l’architecte du bord – Julien – pas insensible. Seb s’assure qu’on fasse escale à l’heure à Reersø pour voir le match des diables à l’Euro 2024. Seb part en balade et en mission pour finir les courses. Julien fait un petit jogging. Je fais un tour en standup paddle. On regarde ensemble le magnifique 0-0 des diables face à l’Ukraine.
Nouveau réveil piquant vers 5h (je vous assure que ce n’est pas de la torture mais que du bonheur). Les voiles hissées, je retourne dans ma couchette finir ma nuit pendant encore deux bonnes heures. Le vent est très favorable pour les 80 MN du jour. On contourne l’île de Sjælland – île principale du Danemark – par le nord pour s’arrêter en fin de journée à Gilleleje, station balnéaire huppée.
Vendredi. Pour notre dernière journée de navigation, le temps se gâte et on voit nos premiers nuages du voyage. Jusque là c’était crème solaire de 7h à 21h. Des grains orageux. De la pluie. Du vent qui monte à 30 nœuds. On s’arrête au célèbre musée d’arts modernes – Louisiana – pour la pause du midi. L’arrivée à Copenhague est plutôt rock’n roll car elle coïncide avec un nouveau grain violent. Le vent monte de nouveau pendant qu’on tourne en vain dans le Nordhavn à la recherche d’une place de port. On se rabat sur le nettement moins sympa Svanemøllehavnen pour finir la journée au Nyhavn. Fish and Chips et Irish Pub avant de rentrer en métro.
Dernier jour. Après un nettoyage approfondi du bateau, on loue des vélos pour la journée. Julien devient « source » et nous fait découvrir différents quartiers et bâtiments modernes à travers la ville, entre autres des appartements avec énormes terrasses vertes au-dessus d’un parking, des silos convertis en logement ou encore l’incinérateur surmonté d’une piste de ski.
Après 30 km de pédale, une petite sieste et douche à notre hôtel fait le plus grand bien. Seb devient source pour la suite. On va d’abord à Christiania – ancien quartier hippie, ensuite resto italien, et enfin LE bar pour assister au match Danemark-Allemagne en compagnie de plusieurs centaines de Danois. Le but danois sera malheureusement annulé et ils encaisseront ensuite deux buts. La fatigue nous rattrape et on s’éclipse tandis que la fête bat son plein. La mission est accomplie. Papa Charlie est pour deux mois au Danemark pour le plus grand bonheur de ses Co-skippers. Merci Seb. Merci Juju. Vous avez été un équipage de rêve.






























