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Solo

Dieppe. Dimanche midi. Le soleil est de plomb. La brise légère. Je largue les amarres et salue la famille restée sur le ponton. Je me suis fixé le défi de naviguer en solitaire jusqu’en Belgique. 135 milles nautiques.

Le ferry DFDS qui assure la liaison Dieppe – New Haven (Angleterre) part au même moment que moi. Papa Charlie fait quelques tours dans le chenal pour laisser passer le mastodonte avec 200 passagers à bord (entendu à la VHF). Je range les pare-battages et les amarres. Pendant que les nombreux touristes sur les quais, profitent de la vue, j’appréhende quand même un peu. Comment vais-je gérer le sommeil ? Comment vais-je gérer l’accostage dans les ports ?

Papa Charlie progresse à la voile pendant les deux premières heures. Ensuite le vent tombe et on continuera au moteur jusqu’à Boulogne (50 milles nautiques depuis Dieppe). Les conditions sont très faciles, et il n’y a pas un bateau à la ronde, j’enchaine trois petites pauses de 10 minutes. Je mets mon réveil et un rappel bien fort sur mon téléphone. Ensuite je m’allonge dans la cabine. Le sommeil ne vient pas. Pas assez fatigué, et pas assez détendu pour m’endormir. Après 7-8 minutes, je remonte pour reprendre la veille. Le temps est long et la navigation est facile. Je mange pour m’occuper.

L’arrivée sur Boulogne vers 20h30 se fait en douceur. Je prends une place en bout de ponton. Un plaisancier allemand prend mes amarres. Je prends une douche, revois la météo et l’itinéraire pour la suite de la route. J’essaie de trouver le sommeil vers 23h.

A 2h45, l’alarme de mon téléphone sonne et me réveille en sursaut.  C’est bientôt la bascule de courant et il faut se mettre en route. Je me prépare un thé dans un thermos. Dix minutes plus tard, je suis seul dans le chenal de Boulogne. La nuit est noire. Le vent est plus fort que prévu. Vingt, vingt-cinq nœuds. Je hisse la GV haute, mais garde quelques tours dans le génois. J’ai une boule au ventre. C’est le stress. L’appréhension. Hier après-midi c’était facile, maintenant cela devient sérieux.

Je passe le phare à l’entrée du port et rapidement il disparait. Je reprends doucement confiance en moi et en mon bateau. J’ai peur de me prendre un coffre ou filet de pêcheur. Il y en avait tellement autour de l’entrée du port. Le bateau accélère. Sept. Huit. Neuf. Dix nœuds. Papa Charlie déboule à dix nœuds sur le fond dans l’étroite bande de 2 milles nautiques entre les falaises et les rails de cargo. L’euphorie m’emporte. C’est pour cela qu’on navigue. Pour cela qu’on vit.

Une bonne heure après notre départ, Papa Charlie passe le cap Gris Nez et son phare (un éclat toutes les 5 secondes) sur tribord. A bâbord, les cargos nous dépassent dans le rail remontant. Un ferry venant de Douvres coupe le rail et fait route sur nous. Un pêcheur zigzag devant. La nuit est noire mais tout est bien visible. Et l’AIS facilite l’identification des navires.

Après un empannage au Nord de Gris Nez, Papa Charlie maintient sa vitesse fond au-delà de neuf nœuds pendant trois bonnes heures. J’enchaîne les thés et soupe minute pour me réchauffer et me tenir éveillé. Le jour se lève. La fatigue arrive. Vers 9h15 je m’amarre au port de Dunkerque. Le vent est tombé et le courant sera bientôt contraire. Je travaille un peu dans un café du centre-ville avant de retourner au bateau. Ma tentative de sieste sera veine. Papa Charlie repart trop tôt (courant encore contraire) pour la dernière étape de ce périple. Destination Zeebrugge.

Après 2-3 heures au moteur contre le courant, la renverse coïncide avec l’arrivée d’un gros nuage sur la côte. Ce nuage génère un fort vent de travers (venant du sud-est). Papa Charlie retrouve des vitesses à deux chiffres ! Je choque pour ne pas partir au lof… Zeebrugge se rapproche à vitesse VV prime. Arriverai-je à temps pour rentrer déjà ce soir ? La brise, annoncée par aucun modèle météo (arôme, EMCW, GFS), nous pousse jusqu’à Zeebrugge. Devant Oostende, on croise une dizaine de bateaux qui reviennent des parcs éoliens.

A ma grande surprise, la marina de Zeebrugge est vide. Plus de la moitié des emplacements sont vides. Papa Charlie y restera seul pendant quelques jours et je veux choisir un emplacement sécurisé. Je manque presque ma manœuvre d’approche. Le vent soufflant toujours fort. Je commets l’erreur de choisir une place au vent. Au lieu de prendre une place sous le vent et de me laisser dériver. En descendant du bateau, l’amarre que j’ai en main s’accroche à la filière et tombe à l’eau. Impossible de la reprendre et le bateau pivote déjà sous l’effet du vent. Heureusement, j’arrive à prendre l’amarre à l’avant du bateau et parvient à le ramener sans problème. Petite frayeur. Grande leçon.

Le rangement du bateau est pénible. C’est là que la solitude se fait le plus ressentir. Une fois dans le train pour Bruxelles, je ressens enfin la satisfaction de cette première réussie.

Sortie en Trimaran (Astus 22) à Dieppe en Janvier

On n’a pas choisi le meilleur jour pour les températures, mais pour le reste, c’est le TOP.  Grand soleil et 10 noeuds de vent. Avec David et Mano, la conversation ne s’épuise jamais. L’Indolente (astus de David) file rapidement à 10-12 kts,  pointe à 13 noeuds ! Une leffe et des sandwiches mozza mezzo jambon de Parme. C’est le top !

précédente nav à bord de l’indolente:

http://atomic-temporary-14699586.wpcomstaging.com/2011/04/26/week-end-en-baie-de-quiberon-sur-un-trimaran/